Le jargon du vélo: le poisson pilote

L'épidémie de coronavirus paralysant actuellement le monde du cyclisme, nous vous présentons, comme chaque vendredi, une expression typique du jargon du vélo pour ne pas couper tout contact avec le sport. Aujourd'hui, focus sur le rôle de l’ombre des “poissons pilotes”.

© Belga/AFP

Si certaines équipes abordent les courses à étapes pour viser le classement général ou tenter d’accrocher l’une ou l’autre étape grâce à leurs baroudeurs, d’autres misent tout sur leur sprinteur maison, qu’ils encadrent au mieux pour remporter des victoires sur les étapes de plaine.

Car gagner un sprint massif ne s'improvise pas. Ainsi il n'est pas rare, dans les derniers kilomètres d’une étape de plat, de voir se former le “train” des équipes de sprinteurs à l’avant du peloton, roulant à vive allure pour empêcher toute attaque et s’assurer que la victoire se joue au sprint. Dans l’ultime kilomètre, le sprinteur est emmené par ses coéquipiers qui produisent leur effort avant de s’écarter un à un de la tête du peloton. C’est à ce moment-là que le poisson pilote joue un rôle crucial.

Souvent placé, le poisson pilote vit dans l'ombre des stars du sprint. Lui-même très véloce, il n'hésite pas à jouer des coudes pour emmener son sprinteur dans les meilleures conditions possibles jusqu’à environ 300m de la ligne d’arrivée. A ce stade, il s’écarte pour laisser son sprinteur faire parler sa puissance.

La relation entre le sprinteur et son poisson pilote doit reposer sur une confiance aveugle et certains automatismes, car le moindre écart peut avoir des conséquences fâcheuses. Focalisé sur la roue de celui qui lui ouvre la route, le sprinteur ne peut en effet pas choisir lui-même sa trajectoire avant de sortir de sa boîte.

Renshaw-Cavendish, un duo emblématique

Renshaw-Cavendish, un duo emblématique

© Belga

A ce petit jeu-là, Mark Cavendish et Mark Renshaw étaient sans doute, à leur époque, les meilleurs du peloton. S’il est à juste titre considéré comme l’un des plus grands sprinteurs de l’histoire, Cavendish n’aurait peut-être pas récolté autant de bouquets sans son célèbre poisson pilote. Inséparables sur le vélo comme en dehors, le sprinteur britannique et son fidèle coéquipier australien ont remporté une flopée de succès en près de six années de collaboration.

L’une des victoires les plus marquantes de Cav’ fut sans aucun doute celle conquise sur les Champs Elysées lors de l’ultime étape du Tour de France 2009. Après avoir habilement enfermé leurs adversaires avant le dernier virage situé à quelques hectomètres de la ligne, leur faisant ainsi perdre pas mal de terrain, Renshaw et Cavendish poursuivent leur effort et réussissent l’exploit de finir aux deux premières places.

Décidément prêt à tout pour protéger son leader, Mark Renshaw est également resté célèbre pour ses coups de casque donnés à Julian Dean en plein emballage final, qui lui vaudront une exclusion du Tour de France 2010.

Lorsqu’il a quitté Etixx-Quick Step pour Dimension Data en 2016, Mark Cavendish a tenu à faire venir son fidèle poisson pilote dans sa nouvelle équipe, avec qui il avait déjà couru entre 2009 et 2011. L’Australien aidera encore son grand ami à remporter, entre autres, quatre nouvelles victoires d'étape sur le Tour de France avant de prendre sa retraite à la fin de l’année 2019.

Découvrez également notre épisode précédent consacré aux baroudeurs.

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