Le jargon du vélo: avoir de la laine sous les ongles

L'épidémie de coronavirus paralysant actuellement le monde du cyclisme, nous vous présentons, comme chaque vendredi, une expression typique du jargon du vélo pour ne pas couper tout contact avec le sport. Aujourd'hui, nous nous intéressons à l'expression "Avoir de la laine sous les ongles".
Le jargon du vélo: avoir de la laine sous les ongles

© Belga

Dans le cyclisme, un peloton regroupe plusieurs types de coureurs. Il existe les spécialistes des pavés, les puncheurs, les grimpeurs, les sprinters ou encore les lanceurs. En termes d'attitude, tous les coureurs ne sont pas faits non plus du même bois. Il y a ceux qui aiment attaquer et qui ne se soucient de rien ni de personne, comme par exemple Mathieu Van der Poel. Et il y a ceux qui courent en adoptant une attitude défensive, espérant ne pas être débarqué et pouvoir à la fin lancer leur roue sur la ligne d'arrivée juste avant celle de leurs concurrents.

L'expression "Avoir de la laine sous les ongles" a été créée pour ce dernier type de coureur. Certains coureurs n'hésitent en effet pas à rester dans la roue de leur adversaire sans se salir les mains jusqu'à l'arrivée. En ne prenant pas le relais, ils arrivent dans la dernière ligne droite avec une énergie supplémentaire qui leur permet de faire la différence. Une attitude regretté mais qui est souvent le signe d'une faiblesse cachée voire parfois avouée.

"Un suceur de roues"

"Un suceur de roues"

© Belga

Cette expression est indubitablement jointe à l'image du Néerlandais Joop Zoetemelk. Au cours de sa carrière, le coureur de Tour a toujours vécu dans l'ombre d'adversaires qui lui étaient supérieurs. Au départ, il s'agissait du cannibale Eddy Merckx puis il a dû s'incliner face à Bernard Hinault. En terminant 6 fois à la deuxième place, il a non seulement obtenu le surnom d'éternel second (qu'il partage d'ailleurs avec Raymond Poulidor) mais Merckx l'a également accusé d'être un "suceur de roues".

Le roi de la montagne Lucien Van Impe était également du même avis en parlant de véritable "ombre" au maillot jaune. Zoetemelk s'est cependant défendu face aux accusations qui lui ont été faites de ne pas attaquer: "Ce n'est pas une question de ne pas vouloir mais c'est une question de ne pas pouvoir."

L'ombre Pippo Pozzato

L'ombre Pippo Pozzato

© Belga

Dans l'histoire plus récente du cyclisme, Filippo Pozzato est devenu l'incarnation du suceur de roue. En 2009, Tom Boonen et le vainqueur de Milan- San Remo 2006 étaient tous deux les grands favoris au départ du Tour des Flandres. Tornado Tom a bien tenté de faire la différence pendant la classique mais, à chaque fois qu'il a attaqué, Pozzato était dans sa roue. Boonen, frustré, devra finalement s'incliner face à son coéquipier Stijn Devolder. "Chaque fois que je regardais derrière moi, je voyais l'Italien. Je me suis mis devant, mais pas lui. Il ne m'a suivi que comme une ombre", a déclaré le Belge à l'issue de la course.

Une semaine plus tard, Boonen se vengeait en remportant magistralement Paris-Roubaix après avoir livré un combat acharné avec son ombre Pozzato. Philippe Gilbert découvrira également la personnalité de son "ami" lors des championnats du monde de Geelong et en 2011 à Milan-San Remo. Pippo n'a jamais éprouvé le moindre remord malgré sa réputation: "Si je ne peux pas faire la différence par moi-même, je me mettrai dans la roue de quelqu'un".

En 2018, Pozzato a décidé de dire adieu au monde du cyclisme. L'Italien a remporté au cours de sa carrière trois classiques, trois étapes dans les grands tours mais il fut aussi sacré champion national en 2009. Peut-être qu'un style de course plus offensif lui aurait permis d'obtenir un plus beau palmarès...

Toujours plus de jargon du vélo ? Relisez ici notre dernière expression: le surplace.

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