Eddy Merckx et le Tour de France 1969

Cette année, cela fait exactement 50 ans qu’Eddy Merckx a remporté le premier de ses cinq Tours de France. La Belgique a dû attendre 30 ans avant d’avoir un nouveau vainqueur final au Tour après la victoire de Sylvère Maes au Tour de 1939. Pour célébrer le premier Tour du Cannibale, le Tour de France de 2019 part de Bruxelles. L’occasion de revenir sur une année 1969 particulièrement mouvementée pour Eddy Merckx.
Eddy Merckx et le Tour de France 1969

© BELGA

Ses premiers pas chez les pros

Ses premiers pas chez les pros

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En 1965, soit un an après son titre mondial chez les Amateurs, Eddy Merckx entame sa carrière professionnelle. En 1966, il remporte le premier de ses sept Milan-San Remo. Et en 1967, il gagne son premier titre mondial chez les pros. Ses capacités de coureur de courses à étapes se révèlent en 1968 lorsqu’il devient le premier Belge à gagner le Giro. La même année, il remporte son premier Paris-Roubaix.

La saison 1969

La saison 1969

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En 1969, Eddy a 24 ans et est déjà une valeur confirmée dans le peloton professionnel. En début de saison, il gagne Paris-Nice où s’étaient donnés rendez-vous des grands noms comme Jacques Anquetil, Jan Janssen, Felice Gimondi, Lucien Aimar et Roger Pingeon (soit cinq anciens vainqueurs du Tour). Dans la dernière étape, un contre-la-montre, il rattrape et dépasse même Jacques Anquetil, alias “Monsieur Chrono”. Ensuite, il enchaîne des victoires à Milan-San Remo (son troisième déjà), au Tour des Flandres et à Liège-Bastogne-Liège. C’est donc plein de confiance qu’il se rend au Tour d’Italie. Mais il y connaîtra la plus grande déception de sa carrière.

Le 2 juin 1969, on lui communique qu’il a été contrôlé positif après l’étape de la veille. Merckx, porteur du maillot rose, est alors exclu du Giro. Il est suspendu pour un mois jusqu’au  1 juillet et est privé ainsi également  de départ au Tour de France qui démarre déjà  le 28 juin. Mais la suspension est réduite, de sorte qu’il peut finalement se présenter au départ de la Grande Boucle. Merckx continue de plaider son innocence. Il avait préalablement déjà été contrôlé à huit reprises au Giro sans qu’on décèle la moindre trace de dopage. Mais son exclusion du Giro fait qu’il se présente au départ du Tour animé par un énorme sentiment de revanche.

Le Tour de France 1969

Le Tour de France 1969

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Prologue à Roubaix
 
Surprise au prologue à Roubaix. Faema, l’équipe de Merckx, est la première équipe tirée au sort. Lomme Driessens, le directeur sportif de Faema, fait partir Merckx en premier, car il craint qu’il y ait trop de Belges le long du parcours s’il part en dernier. Il perd le prologue avec 7 secondes de retard sur l’Allemand Rudi Altig. Il ne porte donc pas le maillot jaune lors de la première étape qui arrive en Belgique.
 
Première étape : Roubaix-Woluwe-St-Pierre, contre la montre par équipe
 
Cependant, après la première étape, Merckx s’empare du maillot jaune. Dans la matinée, Marino Basso gagne le sprint à Woluwe-St-Pierre, le lieu où Merckx a grandi. Dans l’après-midi, il y a un contre la montre par équipe qui est remporté par Faema.
 
Deuxième étape : Woluwe-St-Pierre – Maastricht
 
Dès la deuxième étape, Eddy Merckx perd son maillot jaune. A Maastricht, c’est Julien Stevens qui signe le succès d’étape en s’adjugeant le sprint d’un groupe de quatre. Stevens est un “porteur d’eau” de l’équipe Faema de Merckx. Stevens porte le maillot jaune durant trois jours. Merckx consent volontiers à laisser son précieux équipier sous les feux de la rampe. Mais Stevens perd le mallot jaune dans la première étape des Vosges entre Nancy et Mulhouse. Désiré Letort, un Français de l’équipe Peugeot, passe en tête au classement général
 
Sixième étape : Mulhouse – Ballon d’Alsace
 
Eddy Merckx sort le grand jeu dans la deuxième étape des Vosges. Seul Rudi Altig parvient à limiter les dégâts en concédant un peu moins de deux minutes. Mais de grands noms comme Gimondi, Pingeon et Janssen prennent 4’21 dans la vue. Le ton est donné : Merckx fera tout pour creuser le plus possible l’écart avec ses adversaires
 
Huitième étape : contre la montre à Divonne-Les-Bains
 
A Divonne-les-Bains, Merckx prend sa revanche par rapport au prologue. Le Belge devance Altig de deux secondes sur un parcours de 8,8 km. Au classement général, il laisse déjà ses premiers poursuivants à plus de 5 minutes.
 
Neuvième étape : Thonon-les-Bains - Chamonix
 
L’étape vers Chamonix est la première étape dans les Alpes. Seul Roger Pingeon, vainqueur du Tour en 1967, peut suivre Merckx dans le premier col. Dans le deuxième, le Français démarre. Merckx le rejoint dans la descente mais doit lui laisser la victoire de l’étape qui s’est jouée au sprint.
 
Dixième étape : Chamonix – Briançon
 
La dixième étape est l’étape reine des Alpes. Les coureurs passent les cols de la Madeleine et du Galibier dans un décor de neige. Merckx neutralise toutes les tentatives d’échappée, sauf lorsque Herman Vanspringel s’échappe dans la descente du Galibier. Il gagne l’étape. Deux minutes plus tard, Merckx émerge dans un sprint de prestige pour devancer Wagtmans, Gimondi, Pingeon et Poulidor.
 
Onzième étape : Briançon – Digne
 
Dans la dernière étape alpestre, Eddy Merckx et Felice Gimondi font le trou dans les derniers kilomètres. Gimondi lui demande de lui laisser la victoire d’étape. Merckx lui promet la victoire, mais dans le sprint, l’Italien ne parvient plus à remonter le Belge. Eddy se rend compte qu’il n’a pas tenu parole, mais se rachète rapidement une conduite : lelendemain, dans l’étape vers Aubagne, Merckx, Van Schil, son équipier, l’Espagnol Gandarias et Gimondi se préparent pour un sprint sur la piste cendrée.  Cette fois, c’est Gimondi qui franchit la ligne en premier… Avec la bénédiction probable du Cannibale.
 
Dix-septième étape : Luchon – Mourenx
 
La dix-septième étape vers Mourenx est l’étape reine des Pyrénées, avec les ascensions de Peyresourde, d’Aspin, du Tourmalet, de Soulor et de l’Aubisque. Merckx y signe une des plus remarquables performances de sa carrière qui ne sera que rarement égalée dans l’histoire du Tour de France. Eddy démarre et au pied du Tourmalet entame une échappée en solo à 140 kilomètres de la ligne d’arrivée. Il prend rapidement plusieurs minutes d’avance et les conserve jusqu’à l’arrivée. Le deuxième de l’étape, l’Italien Michele Dancelli, termine à 7’56”!
 
Vingt-deuxième étape : Créteil - Parijs
 
Lors de la dernière journée, Jos Spruyt, un équipier de Merckx, gagne la courte étape matinale. L’après-midi, un contre la montre est programmé avec une arrivée sur la piste du vélodrome de Vincennes. Merckx en profite pour gagner sa sixième étape du Tour. Il ne s’adjuge pas seulement le maillot jaune. Il ramène également le maillot vert en tant que vainqueur du classement par points, ainsi que le maillot à pois en tant que vainqueur du classement de la montagne. Enfin, il empoche également le maillot blanc en tant que vainqueur du combiné de tous les classements réunis. Merckx se voit aussi attribué le prix de la combativité et Faema, son équipe, termine en tête du classement par équipes.
 
Les écarts sont énormes. Le deuxième, Roger Pingeon, termine à 7’54”, le troisième, Raymond Poulidor, à 22’13. Le dixième, Jan Janssen, le vainqueur du Tour de 1968 est renseigné à plus de 52 minutes!
 
Voici le top 10 complet :
 

  1. Eddy Merckx
  2. Roger Pingeon (Fra)                17’54”
  3. Raymond Poulidor (Fra)         22’13”
  4. Felice Gimondi (Ita)                29’24”
  5. Andres Gandarias (Esp)          33’04”
  6. Rini Wagtmans (Ned)             33’57”
  7. Franco Vianelli (Ita)                42’49”
  8. Joaquim Agostinho (Por)        51’24”
  9. Désiré Letort (Fra)                  51’41”
  10. Jan Janssen (Ned)                   52’56”



Après le Tour 1969

Après le Tour 1969

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Eddy Merckx est fêté avec enthousiasme après sa victoire au Tour de France. Il rentabilise sa victoire dans les critériums. L’un d’eux a lieu sur la piste de Blois. Le 9 septembre sera l’un des jours les plus noirs de sa carrière, un jour qui laissera des séquelles.
 
La piste de Blois est une petite piste en plein air. Six coureurs s’affrontent : les Français
Jacques Anquetil, Raymond Riotte, André Desvages et Jean Graczyk, le Thécoslovaque Jiri Daler et Eddy Merckx qui est là avec son entraîneur habituel en France : Fernand Wambst. Le derny de Daler chute. Wambst et Merckx ne peuvent éviter le derny devant eux. Wambst décède sur place d’une fracture du crâne. Merckx a une profonde entaille à la tête, une commotion cérébrale et des écorchures. Plus tard, on décèlera des lésions au dos. Merckx explique après coup qu’après sa chute à Blois, il n’a plus jamais roulé aussi souplement. “L’Eddy Merckx de 69 a disparu après Blois. Le Merckx de 70 n’était plus le Merckx de 69. C’en était fini du vrai Merckx” raconte le Cannibale dans le livre “L’année d’Eddy Merckx” de Johny Vansevenant

Ses principaux équipiers : Roger Swerts

Ses principaux équipiers : Roger Swerts

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Roger Swerts est (avec plus tard Joseph Bruyère) l’un des principaux lieutenants de Merckx. Il fait partie de l’équipe du Cannibale de 1968 à 1973, d’abord chez Faema, puis chez Molteni. En 1974 et 1975, il est le leader de l’équipe Ijsboerke, mais revient en 1976 dans l’équipe de Merckx. Il gagne le championnat de Zurich en 969 et est champion de Belgique en 1974.

Martin Van den Bossche

Martin Van den Bossche

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Martin Van Den Bossche est le principal auxiliaire de Merckx dans les étapes de montagne. Il démontre ses capacités de rouleur de courses à étapes pas seulement au Tour, mais aussi au Giro où son chef de file est exclu : Van den Bossche termine à la troisième place du Giro de 1969. Dans l’étape des Pyrénées vers Mourenx, il lance la grosse offensive avec Merckx. Néanmoins, au sommet du Tourmalet, Merckx ne laisse pas son équipier passer en premier. Car la veille, Van den Bossche a annoncé que la saison suivante, il quitterait Faema pour Molteni.

Guido Reybrouck

Guido Reybrouck

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Guido Reybrouck est le sprinteur de l’équipe Faema. Au sein de l‘équipe, il est également le confident d’Eddy qui lance souvent le sprint pour son ami. Durant sa carrière, Reybrouck gagne notamment Parijs-Tours (1964, 1966 et 1968), le championnat de Zurich (1964), Kuurne-Brussel-Kuurne (1965), l’Amstel Gold Race (1969) et six étapes du Tour, trois du Giro et quatre de la Vuelta. Au Tour de France de 1969, il remporte la 13 ème étape. Toutefois, la saison suivante il quitte Faema pour une équipe qui lui propose de doubler son salaire.

Lomme Driessens, le directeur sportif

Lomme Driessens, le directeur sportif

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Au Tour de Fance de 1969, Eddy Merckx est entouré d’une équipe composée par les Belges Frans Mintjens, Guido Reybrouck, Jos Spruyt, Julien Stevens, Roger Swerts, Georges Vandenberghe, Martin Van den Bossche et Victor Van Schil et par l’Italien Pietro Scandelli. Le directeur sportif est le légendaire Lomme Driessens qui durant sa carrière encadrera des coureurs comme Fausto Coppi, Rik Van Looy, Eddy Merckx, les frères De Vlaeminck et Freddy Maertens. Il est l’un des directeurs sportifs majeurs de l’histoire du cyclisme. Sous sa férule, ses coureurs remportent sept Tours de France et sept championnats du monde.

Le Tour de 1969: la première victoire des cinq

Le Tour de 1969: la première victoire des cinq

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Après le Tour de 1969, Eddy Merckx gagne encore les Tours de 1970, 1971, 1972 et 1974. Avec ses cinq victoires finales au Tour, il égale le record de Jacques Anquetil qui s’était imposé lors des éditions de 1957, 1961, 1962, 1963, 1964. Après Merckx, Bernard Hinault (1978, 1979, 1981, 1982, 1985) et Miguel Indurain (1991, 1992, 1993, 1994, 1995) gagneront également cinq fois le Tour. Lance Armstrong a terminé à sept reprises le Tour en jaune (de 1999 à 2005), mais l’Américain est finalement rayé de la liste des vainqueurs pour dopage avéré. Après ses quatre victoires au Tour (2013, 2015, 2016 et 2017) Chris Froome rêvait de signer une mythique cinquième victoire. Mais le quadruple vainqueur ne sera pas au départ du Tour 2019 après une chute au Giro.

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